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La Magie des Mots

Chapitre 2 - Survivre

Ajouté le 15/5/2010

Attention! Ce chapitre n'a pas encore été relu pour correction orthographique (d'ailleurs le chapitre 1 non plus...).

Des modifications, ajouts et suppressions sont possibles (voir très probables). Ceci n'est que le premier jet, soumis à votre totale et impartiale critique, que j'attends avec impatience.

Merci d'avance pour votre lecture et vos encouragements.

 

 

Survivre

 

L’homme a la merveilleuse capacité à s’adapter à son environnement, quel qu’il soit. Seul l’esprit peut refuser le changement. Une fois que l’on en a pris conscience, tout devient possible.

******

 

Bien peu avaient réussi à dormir cette nuit là. Le choc du naufrage était déjà grand, mais la découverte de deux lunes dans le ciel étoilé ne faisait qu’amplifier les inquiétudes.

 

-         - Arvin ? Tu crois qu’on va nous envoyer des secours ?

Ma mère et moi nous étions serrés contre trois autres passagers pour garder le plus de chaleur possible, bien que la nuit n’était pas particulièrement froide.

-         - Certainement oui, mais je doute qu’ils puissent nous retrouver ici, où qu’on soit.

-         - Mais qu’est-ce qu’on va devenir ? Gémit-elle.

-          On doit absolument trouver un abri pour commencer. Ou en fabriquer un s’il n’y a pas d’habitation ou quelque chose qui y ressemble. Mais il fait trop noir pour faire quoi que ce soit cette nuit, dès l’aube il faudra inspecter les environs et voir ce que l’on peut en tirer.

C’était un grand et solide gaillard qui parlait. A voir son physique et son calme  dans une situation pareille, il avait probablement servi à l’armée pendant quelques années. Peut-être y était-il encore. Soudain il se leva et je failli tomber à la renverse, surpris par le vide dans mon dos.

-         - Je vais tenter de faire un feu.

-         - Mais avec quoi ? Demanda la voix timide d’une jeune fille à ma gauche.

L’homme ne répondit pas mais resta une seconde sur place sans bouger. Je devinai un sourire sur son visage alors que le crissement du sable sous ses pieds nous alertait de son départ vers la forêt sauvage. Visiblement, il savait ce qu’il faisait.

Il ne lui fallu pas un quart d’heure pour obtenir les premières flammèches. Bientôt, 4 petits feux égayèrent la plage et réchauffèrent les rescapés pour le restant de la nuit.

 

Je m’étais éveillé à l’aube, tout surpris de m’être finalement endormi. Mon corps n’était que courbatures, ce qui me décida à me lever et de marcher un peu, histoire de me dérouiller. Je me baladais ainsi au milieu des rescapés morts de faim et de soif, qui continuaient à dormir ou à entretenir leur feu. J’entendis alors une voix rauque, mais familière… cherchant du regard d’où elle provenait, les larmes me montèrent aux yeux lorsque je découvris Edwin, gisant près d’un feu sur un lit de fortune fait de grosses feuilles de bananier.

 

-        -  Edwin ! Je ne pensais jamais te revoir vivant !

-          Vivant mais dans quel état, répondit-il de sa voix enrouée. J’ai percuté la rambarde du bateau avant de plonger dans l’eau froide. C’est ma jambe qui a tout pris. D’un côté heureusement que ça n’était pas la tête…

En l’observant de plus près je constatais que sa jambe droite était bandée et raidie par deux branches relativement droites. Vu l’impact, elle devait être fracturée en plusieurs endroits. Il ne pourrait pas marcher de si tôt.

-        -  A vrai dire je ne croyais pas te revoir non plus. Je suis content que tu n’aie rien !

J’acquiesçais en lui serrant affectivement l’épaule. Les mots me manquaient. J’eu vite fait de changer de sujet avant que l’émotion ne me submerge :

-         - Où crois-tu que nous ayons atterris ?

-          Qui sait ? Une autre planète ? Un monde parallèle ? Peut-être aussi que nous sommes tous morts et que nous… AIE !!! Hurla-t-il tout à coup, alors que je lui donnais une bonne tape sur sa jambe amochée. Mais qu’est-ce qu’il te prend ?!

-         - Tu as eu mal ?

-         - Et comment ! Répondit-il, le visage tordu de douleur.

-         - Ca prouve que tu es vivant.

Il me regarda d’un air benêt un instant, puis éclata de rire, au grand étonnement des foules autour de nous qui nous observaient bizarrement, tout d’un coup.

 

-         - Qu’est-ce que je peux avoir faim ! Se plaignait-il alors que son ventre venait confirmer ses dires.

-         - Je vais essayer de nous trouver un petit-déjeuner. Ces feuilles de bananiers viennent de quel côté ?

-         - Par là-bas, m’indiqua-t’il en pointant l’orée de la forêt exotique. Mais fais attention, le gars qui a fait mon lit a entendu des bruits bizarres dans ces bois.

Un hochement de tête et j’étais parti. Heureux d’avoir retrouvé un ami que je croyais perdu, et attristé qu’il ait ravivé ma propre faim que j’avais presque oubliée.

Les bananiers étaient parmi les premiers arbres à l’orée des bois. Il y avait là de belles grosses grappes de fruits, mais malheureusement ils étaient loin d’être mûrs. Il nous faudrait attendre encore quelques jours, voir semaines. Mon estomac hurla de colère à cette pensée et je fus obligé d’entrer en forêt plus profonde.

Le décor macabre de la plage rouge du sang des estropiés et cadavres avait laissé place à une atmosphère féérique. Des arbres immenses dominaient la jungle de toute leur majesté. Le tronc de ce type d’arbre était aussi large qu’une petite maison, et les racines courraient sur le sol en formant un tapis de serpentins sur des dizaines de mètres carrés parmi lesquels un tas de plantes basses s’abreuvaient des quelques rayons de soleil filtrés par le feuillage émeraude.

 Soudain, un petit rire moqueur vint troubler ma fascination. Cela semblait provenir de derrière l’arbre géant. Curieux, je me dirigeai vers le tronc en tentant de ne pas trébucher sur une racine. Une fois sur place, une forte odeur d’écorce m’envahit et me fit sourire : ça me rappelait mon enfance, lorsque je m’amusais dans les bois proches de notre maison et que je m’imaginais des histoires de lutins et autres légendes des forêts. J’avais oublié à quel point la nature pouvait me faire rêver. En contournant l’arbre probablement millénaire, j’avais trouvé une zone ombragée et humide sous une grosse racine qui abritait un nid de champignons démesurés. Un seul de ces champignons aurait suffit pour nourrir trois hommes. Malheureusement je ne m’y connaissais absolument pas en matière de cueillette, et puis ces champignons avaient l’air étranges… ils paraissaient saupoudrés d’une poussière scintillante qui  semblait elle-même produire de la lumière au lieu de la refléter.

L’endroit était magique, mais aucune nourriture en vue. Je décidai néanmoins d’explorer les environs avant de rejoindre la plage et ses occupants. L’air frais de cette forêt me soulageait. J’étais presque à l’aise dans cet environnement pourtant très étrange, et surtout vu la situation. La plupart des survivants étaient encore choqués, ou préféraient s’apitoyer sur leur sort plutôt que de participer à la mise en place d’un campement provisoire, en attendant des secours. Des secours ? Je ris intérieurement de ma propre réflexion. Nous étions certainement sur un autre monde, totalement inconnu de nous tous. Peut-être n’y avait-il là aucune vie civilisée… peut-être serions nous obligés de rester sur cette terre étrangère à jamais… peut-être allions nous mourir de faim ou dévorés par des monstres sanguinaires, peut-être…

Un bruit familier m’interpella vivement. Instinctivement je me dirigeai vers lui, ce doux son cristallin de l’eau douce qui s’écoule doucement sur la roche à la recherche de l’océan. La petite rivière n’était pas loin. Je pris alors conscience de la sécheresse qui régnait dans ma gorge, douleur sourde et hypnotique. Je ne pouvais plus penser à rien d’autre… mes jambes allaient plus vite que mon esprit ne le voulait pour rejoindre ce cour d’eau qui pourrait enfin me soulager. Je courrais sans voir ou je mettais les pieds, l’instinct avait pris le dessus et je n’étais plus qu’un animal assoiffé. Lorsque ma conscience se réveilla, je fus stupéfait de me retrouver au beau milieu de l’eau, presque à quatre pattes  et les vêtements trempés. Le liquide avait éteint le feu de ma gorge et je pouvais m’abreuver maintenant sans douleur.

Reprenant mes esprits, je regardais autour de moi : la rivière était située au pied d’un escarpement rocheux que quelques grosses racines avaient percé pour atteindre leur source de vie. J’étais persuadé être venu de ce côté-là, et pourtant je ne me souvenais pas comment, et surtout, je ne comprenais pas comment… Un saut m’aurait cassé une jambe au mieux, tué car mal reçu sur un rocher au pire. Je n’étais pas non plus du genre à jouer les tarzans avec les racines. Non, je ne comprenais pas comment je m’étais retrouvé là. Mais tout bien réfléchi, je ne savais pas non plus comment nous avions survécu au naufrage et comment nous nous étions retrouvés sur ce monde. Mon ventre se mis à me tirailler durement, ce qui m’empêcha d’entrer dans de longs questionnements et réflexions qui ne trouveraient pas réponse.

Je me relevai, trempé de la tête aux pieds, et tentai de trouver un autre chemin vers la plage. Escalader la paroi rocheuse était hors de question. Je pris donc le sous-bois de la rive gauche et suivi le cour d’eau, qui ne manquerait pas de m’amener à l’océan. De ce côté, la forêt semblait fort différente : pas d’arbres gigantesques, pas de champignons enduit d’une substance lumineuse, mais fougères et buissons épineux régnaient en maîtres, ce qui me valut plusieurs écorchures aux bras et jambes.

Le chemin me semblait long, plus long qu’à l’aller, mais je finis par sortir de ce bois. Il s’arrêtait net sur une plage de gros galets, lissés par le fouettement des vagues. La marée était basse à ce moment, ce qui me permit de sautiller maladroitement sur la roche et de traverser le lit de la petite rivière pour regagner la bonne plage. De ce côté de l’eau, les galets n’étaient pas aussi lisses et je du escalader quelques gros rochers pour retrouver une plage de sable et de cailloux. Cela ressemblait déjà plus à notre terrain de naufrage, je ne devais pas en être si loin.

Il ne me fallu en effet que quelques minutes pour apercevoir le semblant de campement au loin devant moi. Une fumée noire montait dans le ciel clair en provenance de notre plage. Je commençais à courir lorsque je compris, en voyant les rescapés venir tous vers moi, qu’ils avaient entassé les cadavres pour les brûler. L’odeur devait être insoutenable, ainsi ils déménageaient, si l’on pouvait dire. Quelques uns avaient même des valises sous les bras, récupérées dans les restes du bateau  échoué.

Une fois arrivé à leur hauteur, je cherchai ma mère ou Edwin du regard. Je n’eu pas à chercher cette première bien longtemps… elle m’avait repéré. C’est dans un cri d’affolement qu’elle me rejoignit, me frottant mon visage apparemment en drôle d’état et s’inquiétant des balafres que les ronces avaient laissées sur mes bras.

-         - Tout va bien maman… ce ne sont que quelques égratignures, ça guérira vite, soupirais-je.

-         - Mais on n’a même pas de quoi désinfecter ça ! Et dans cette forêt tropicale Dieu sait quelle bactérie peut bien t’avoir frôlé ! Tu imagines si tu attrapais la gangrène ? Ho mon Dieu !

-         - Mamaaaan… arrête s’il te plait !

-         - Bon bon d’accord d’accord. Je demanderai à Georges s’il veut bien retourner au bateau tenter de trouver une trousse de secours ou quelque chose qui y ressemble.

-         - Georges ?

-         - Oui, le grand costaud qui a allumé les feux cette nuit. Tu sais qu’il est entraîneur à l’armée ?

-         - C’est vrai ? répondis-je naïvement, en tentant de cacher mon sourire.

-         - Oui. Il a été soldat pendant des années. Il s’est fait remarqué pour sa bonne stratégie et condition physique lors d’une mission où peu s’en son sortis, et il a été promu. Ensuite on lui a confié des hommes et d’autres missions, jusqu’à ce qu’il commence à être saturé du terrain, il a alors demandé une autre fonction, et on l’a nommé entraîneur. Ca a l’air de lui convenir.

-         - Hmm.

Alors qu’elle continuait son monologue sur ce qu’elle avait appris des autres rescapés, j’observais la forêt sur notre gauche, tandis que nous nous dirigions droits vers les rochers au-delà desquels se trouvait la rivière.

-         - A propos maman, tu sais où il nous emmène ton Georges ? Il a l’air de diriger le groupe.

-         - Il dit avoir trouvé une grotte dans la forêt avec une petite rivière pas loin de là. Ca serait assez spacieux pour nous tous, et on aurait de quoi boire et se laver.

-         - Il a raison, il y a bien une rivière derrière ces rochers devant nous. Par contre je n’ai pas remarqué de grotte, mais je ne suis peut-être pas remonté assez loin.

 

Après un nouveau discours de ma mère sur le courage et l’amabilité du militaire bienfaiteur, je réussi à me réfugier auprès d’Edwin. Trop en mauvais état pour marcher, un brancard de fortune avait été construit à partir de son lit en feuilles de bananiers.

-         - Hé Arvin ! Regarde ce qu’ils ont trouvé au bord de la plage ! Tu veux un morceau ? C’est mûr à point, vraiment délicieux ! Me lança t’il en me tendant un morceau d’ananas fraîchement coupé.

-         - Volontiers ! M’écriais-je en me ruant sur le fruit juteux. Tout comme pour étancher ma soif dans la rivière, mes instincts prirent le dessus. Je ne pris même pas la peine de goûter ce que j’avalais. Le pire est que je ne m’en rendais pas compte, et ne pouvais m’arrêter avant que mes envies primaires ne se soient tues. Le petit morceau gentiment offert par Edwin ne me suffisant pas, je lui avais même arraché son canif et l’ananas hors des mains pour me servir moi-même.

-         - Hé bien Arvin, on dirait un loup affamé… tu avais encore plus faim que moi on dirait ! Et ce n’est pas peu dire !

Les deux hommes qui transportaient mon ami sur son brancard s’esclaffèrent en me dévisageant. Ce n’est qu’à ce moment que je sorti de ma transe, m’apercevant que le canif était retourné auprès de son propriétaire et que j’avais véritablement déchiré le fruit, pourtant très coriace, à mains nues. Mon T-shirt était trempé de jus de fruit collant et mon menton n’était pas dans un meilleur état.

Hébété, je lançais un coup d’œil à Edwin qui avait un sourire moqueur, mais qui ne semblait pas aussi choqué que moi. Je mis encore quelques instants à recouvrer mes pleines facultés. Ensuite, je pris conscience que nous avions traversé la rivière et la longions maintenant en amont. Il ne fallut pas plus d’un quart d’heure – d’après mes estimations – pour rejoindre la grotte qui serait notre lieu de refuge en attendant des secours qui, j’en étais persuadé, n’arriveraient jamais.

Je m’attendais à trouver une grotte sombre et humide, hors il n’en était rien. L’ouverture était large et de grosses racines formaient une guirlande à son sommet. A l’intérieur, la roche légèrement orangée était sèche. A certains endroits, les parois semblaient fluorescentes, ce qui nous permettait de pénétrer assez profondément dans les entrailles de la terre sans avoir besoin de torche. Bien sûr, cette lumière n’était pas suffisante pour lire… mais tout juste pour éviter de se cogner contre les murs.

Je profitais de l’installation du campement pour visiter notre nouvelle résidence un peu plus profondément. L’entrée avait beau être très spacieuse, formant comme une grande salle sous un porche fait de racines et de lierres, la grotte proprement dite n’était qu’un fin couloir que l’on ne pouvait traverser qu’en file indienne. S’il venait à y avoir de grosses averses, je doutais que l’entrée reste sèche fort longtemps.

Tout à coup, un son cristallin se fit entendre, droit devant moi, dans le couloir de roche faiblement illuminé d’une lueur orangée. Ce même petit rire moqueur que dans la forêt aux arbres titanesques.

Deux fois ce son identique sur la même journée, c’aurait été une trop grande coïncidence. Je voulais m’assurer que je ne rêvais pas, ainsi je m’engouffrai plus profondément encore, alors que la lumière du jour, dans mon dos, disparaissait.

 

L’étroit couloir descendait de plus en plus, sans pour autant former une pente raide. Soudain, il décrivit  un large tournant sur la gauche pour aboutir sur une vaste salle souterraine. Bouche bée, j’observai l’immense salle et toute la splendeur qui s’offrait à ma vue.

Au centre se dressait une immense stalagmite d’une épaisseur presque aussi large que les arbres millénaires de la forêt. Les millions d’années qu’il avait fallu à la nature pour former ce monument me firent me sentir comme un minuscule insecte insignifiant. La stalagmite, en grandissant, avait pris des formes qui n’étaient pas sans rappeler les grosses vagues des plages de Miami sur lesquelles les surfeurs prennent tant de plaisir.

Avec un soupir de résignation, je détournai mon attention de ce splendide monument naturel. La voûte de la salle ressemblait à un tapis de clous tant il y avait des stalactites. Avec un frisson, j’avançai dans la grande salle en espérant qu’aucune ne viendrait à me tomber dessus. Pourtant enterrée, cette pièce était beaucoup plus lumineuse que ce à quoi l’on pourrait s’attendre. Non pas grâce aux parois naturellement lumineuses sur de plus grandes surfaces, mais surtout parce qu’un trou de la taille d’un puits perçait la voûte de stalactites juste au dessus d’une rivière souterraine, qui renvoyait la lumière dans toute la Grand-Salle.

La découverte de cette grotte était un miracle pour tous les réfugiés : assez vaste pour tous nous loger sans que l’on ne se marche dessus, de l’eau douce, de la lumière naturelle, et un étroit couloir qui nous protégerait des ours et grosses bêbêtes s’il devait y en avoir dans cette forêt inconnue…

Georges, le meneur de troupes, grommela un peu à l’idée de faire remballer leurs maigres affaires à tous ces gens pour se réinstaller à l’intérieur. Mais il admit que l’idée était bonne et, une fois qu’il découvrit la Grand-Salle, son large sourire avait parlé pour lui. Il me remercia de ma découverte d’une bonne tape dans le dos, qui me rappela à quel point il était un ours et moi une crevette.

Alors que tous s’exclamaient sur la beauté des lieux tout en s’installant à nouveau, je rejoignis ma mère et Edwin, qui dressaient leur campement l’un à côté de l’autre. Edwin était déjà installé. Son brancard lui servirait de lit, et mise à part quelques fruits dans une demi-valise, il ne possédait pas grand-chose. Ma mère avait reçu, comme tous les autres, un tas de larges feuilles de palmiers de différentes sortes. Elle tentait d’en faire une couchette, mais jurait par tous les dieux et n’arrivait à rien. Dans un soupir muet, j’entrepris de le faire moi-même en la priant de plutôt trouver un récipient pour récupérer un peu d’eau. Elle se précipita sans demander son reste, à mon grand bonheur. Jamais je n’aurais pu arriver à quoi que ce soit avec elle à toujours râler dans mes pattes, et de son côté, elle préférait sans doute la compagnie des autres naufragés pour sa quête de récipient plutôt que de rester là à me regarder travailler.

Notre paillasse fut vite prête. Pas très confortable, mais bien mieux que le sol dur et rocailleux de la grotte. Je m’y étais installé et discutais avec Edwin, toujours allongé sur son brancard. Je lui avais conté mon escapade, la beauté de la forêt et de ses arbres gigantesques, et surtout : mes trous de mémoire.

-         - Tu sais, c’est comme si j’entrais en transe et que tous mes instincts prenaient le dessus. Je n’ai plus aucun contrôle, je ne me souviens de rien, je ne peux que constater le résultat une fois que tout est fini.

-         - On a tous été secoués par le naufrage, me répondit-il, un peu désinvolte. Chacun réagit à sa manière. A la rivière, c’est ta soif qui t’as guidé. Sur la plage, c’était ta faim. Ce n’est pas si étonnant, sachant que tu n’as rien avalé en presque 24 heures. De mon côté j’ai été bichonné, soigné nourri et abreuvé. A ta place, après tant de temps sans rien dans l’estomac, je me demande si je n’aurais pas encore été plus vorace !

Edwin se voulait rassurant, mais il ne m’avait pas convaincu. Quelque chose clochait sur ce monde, et je n’arrivais pas à mettre le doigt dessus. Cela m’agaçait, autant que ce petit rire moqueur que j’avais entendu à deux reprise cette journée là, et qui m’avait amené à de fabuleuses découvertes, me faisant oublier son existence. Quelle autre splendeur de cette terre étrangère allais-je découvrir la prochaine fois que j’entendrais ce son cristallin ?

La civilisation reprenait ses droits dans la Grand-Salle : un groupe d’hommes, majoritairement, l’avait quittée pour rejoindre les restes du navire et tenter d’y dénicher tout ce qui pourrait servir à notre survie. Un autre groupe, fait de femmes et personnes plus faibles – ou plus trouillardes -, avait entreprit de trier et nettoyer à la rivière souterraine ce que tous avaient déjà ramené lors du départ de la plage vers notre nouvel habitat. Personnellement, j’avais choisi le mode fainéantise en restant auprès de mon ami blessé avec qui je partageais quelques fruits exotiques qui m’étaient totalement inconnus, mais qui n’étaient pas mauvais.

Quelques heures plus tard, le premier groupe rapportait quelques biens qui nous apparaissaient comme futiles autrefois et qui étaient devenu mille trésors aujourd’hui. Georges avait réussi à mettre la main sur une trousse à pharmacie dont le contenu n’avait pas pris l’eau. Un autre membre du groupe ramenait une batterie de poêles et casseroles, il avait apparemment réussi à pénétrer dans les restes de la cuisine du navire. Deux autres personnes le suivaient de près, le dos chargé d’un gros baluchon rempli de bocaux et boîtes de conserves. La plupart des membres du groupe apportaient des valises et du linge de lit que le second groupe s’empressa de nettoyer à la rivière, avant de le faire sécher au soleil sur des lianes attachées entre plusieurs arbres.

A bien y repenser, c’est incroyable la façon dont tous ces gens, de milieux si différents, s’entraidaient sans rechigner ou presque. Seuls quelques familles s’étaient exilées dans des recoins de la Grand-Salle, s’apitoyant sur leur sort et maudissant tous ces autres qui s’agitaient pour rien. Les premiers jours furent ainsi : les naufragés s’activaient à la tâche pour oublier leur malheur et se construire un semblant de civilisation sur cette terre inconnue et sauvage. Tant qu’il y avait à faire, cela semblait réussir. Cependant, les plus pessimistes, eux, restaient dans leur coin sans apporter leur aide, et attendaient que des secours arrivent en profitant des avantages offerts par le travail de leurs camarades rescapés qui eux, avaient décidés de ne pas se croiser les bras. Bientôt, cet état de faits commença à créer des tentions. Des clans se formaient, séparant les fainéants des courageux. Dans ces clans, les fortes personnalités se tenaient têtes pour prendre les groupes respectifs en charge. C’est ainsi que la civilisation repris ses droits… et il n’existe pas de civilisation sans domination.

Bientôt, les maigres provisions rapportées des cuisines du navire seraient épuisées. La forêt offrait encore quelques fruits pulpeux et nourrissants, mais ce serait bien insuffisant pour  les quelques dizaines d’hommes de femmes et d’enfants que nous comptions. Là vint alors notre véritable déchirement. Le groupe de fainéants, peuplé de gens qui se jugeait trop respectables et importants pour s’abaisser aux besognes quotidiennes requises par notre survie, refusait catégoriquement de partir à la chasse ou à la cueillette. Mais lorsque les nôtres en revenaient, ils voulaient être les premiers servis. « Vous serez grassement récompensé lorsque nous arriverons enfin à Miami » disaient la plupart. Quel vain espoir me disais-je… et quels imbéciles que d’accepter ces pots de vin imaginaires. Croyaient-ils vraiment revoir un jour ces plages de sable fin et cette ville faite d’artifices ? J’étais intimement persuadé que nous n’étions plus sur Terre et que nous n’y retournerions plus jamais. Les deux lunes en témoignaient.

La nourriture vint à nous manquer. Toute organisation, tout peuple, tout troupeau d’animaux vit selon les lois de la nature. La première de ces lois, c’est la loi du plus fort. Seuls les plus forts résistent aux maladies, aux intempéries, aux famines et autres désagréments que la vie nous apporte. Les plus faibles sont abandonnés à leur sort, laissant les plus forts dominer et procréer pour ainsi retenir le meilleur de l’organisation, du peuple, du troupeau. Une fois l’environnement changé, le cycle recommence. Ainsi va l’évolution. L’homme n’y échappe pas. A la seule différence près qu’il se sert plus de son « intelligence » que de sa force physique.

C’est ainsi que le groupe « inutile » fut chassé de notre grotte. Obligés de trouver un nouvel abri et de quoi se sustenter par leurs propres moyens, certains se mirent à nous implorer à genoux, larmes aux yeux, d’autres tournèrent les talons en nous maudissant et quelques uns furent retrouvés pendus à des lianes dans les arbres alentours dès le lendemain.

Je me souviens encore de cette jeune femme, suspendue au dessus du corps de sa fillette qu’elle avait probablement suffoqué avant de se donner la mort. La petite fille aux boucles d’or gisait là, serrant de sa main gauche une poupée abimée, et ses grands yeux gris voilés nous demandaient silencieusement : pourquoi ?

Cette découverte macabre provoqua un mutisme général parmi les nôtres. On ne tarda pas à mettre les corps sur un bucher crépitant, pendant que quelques femmes gardaient les enfants à l’abri de cette horreur sans nom. Cette journée se déroula dans un profond silence entre respect et remords. Même ma mère ne disait mot, elle qui avait pourtant la langue bien pendue.

Quelques jours après notre établissement dans la Grand-Salle, elle avait invité Gwenaëlle et sa famille à vivre à nos côtés. Gwenaëlle était en fait la jeune fille qui voyageait dans la cabine voisine à la nôtre et dont ma mère me parlait sans cesse avec une lueur d’espoir mal camouflé au fond des yeux. Elle m’était assez sympathique, en vérité, et nous nous entendions bien. Cependant elle ne m’attirait pas, et c’était visiblement réciproque. Il était évident qu’elle avait jeté son dévolu sur Edwin, lequel s’avérait être un vrai charmeur… et un horrible profiteur. Coincé au lit ou clopinant avec ses béquilles, il ne ratait pas une occasion d’être chouchouté. Gwenaëlle ne cessait de rire auprès d’Edwin, et lorsqu’elle posait son regard sur lui, ses yeux étincelaient d’un amour naissant. De son côté, Edwin lui rendait volontiers ses sourires, mais j’avais du mal à voir si leurs sentiments étaient partagés ou s’il ne faisait que se montrer sympathique envers cette jeune fille. Quoi qu’il en soit… après ces évènements tragiques, nul rire ne se faisait plus entendre et les regards s’évitaient soigneusement.

Je décidai de m’échapper de cet environnement morose et de m’occuper l’esprit à autre chose. J’attrapai le filet de pêche en torsades de fines lianes conçu par mes soins avec l’aide d’Edwin et me dirigeai sans un mot vers la sortie de notre refuge. Nous n’avions pas encore eu l’occasion de tenter notre chance à la pêche, c’était l’occasion. Il n’y avait aucun poisson dans notre rivière souterraine. Certains l’avaient déjà observée assez longtemps sans y voir le moindre signe de vie. D’autres avaient placés des sortes de petits pièges faits de treillis mais n’avaient obtenu aucun résultat. C’est donc vers l’embouchure de notre cours d’eau que je me dirigeais.

Malgré moi, je ne cessais de penser à ces dernières vingt-quatre heures et à l’impact que ces évènements allaient produire sur tous les survivants dans les jours à venir. Les tentions s’apaiseraient-elles pour faire place à plus d’entraide et de confiance ? Allaient-elles au contraire s’intensifier et nos instincts de survie reprendre le dessus pour protéger le peu que nous possédions ? Pour l’instant, le calme régnait, mais j’étais persuadé que ça ne durerait pas.

 

Mes pas m’amenèrent à l’espèce de casse-lames naturel fait de rochers où en son creux, la rivière plongeait dans l’océan. La marée était haute à ce moment de la journée, et j’en profitai pour lancer mon filet dans les eaux, ne le retenant que par une longue liane que je prenais garde de ne pas lâcher. Les poissons adorent se faufiler dans les creux de la roche, là ou se déposent les fruits de mer, algues et autres aliments. Souvent, ils restent piégés dans ces creux qui deviennent de mini bassins lorsque la marée se retire. En jetant mon filet à cet endroit, j’espérais retenir au moins quelques uns de ces poissons pour le repas du soir. Cela nous changerait des fruits et des restes des conserves du bateau.

En m’installant sur le haut des rochers, face à la mer, je songeais aux différents scénarios possibles pour notre refuge. Si nous ne trouvions pas rapidement une façon plus prolifique de nous ravitailler en vivres, la loi du « chacun pour soi » se mettrait très vite en place. La jalousie, les vols et les luttes commenceraient sans aucun doute, et le peu de civilisation que nous avions apporté à notre campement disparaîtrait aussitôt. La chasse ne nous rapportait que rarement du petit gibier, quant à la cueillette, les arbres fruitiers n’abondaient pas dans les environs et ne suffiraient pas à nous sustenter très longtemps. Mon regard se posa alors sur les eaux qui frappaient le rocher à mes pieds. C’est de l’eau que la vie était née, c’est elle qui continuait à ressourcer le cycle de la vie et cet océan devait forcément foisonner de créatures et de végétaux autant que cette terre, si ce n’est plus. Observant la liane du filet de pêche que je tenais à la main, j’y plaçai tous mes espoirs avec force de conviction. C’état notre seule chance de nous en sortir. Je me concentrai tant sur cet espoir que j’en eu la migraine.

-         - Si j’étais toi, je n’oserais pas y penser !

Je me levai d’un bon en regardant autour de moi, tous sens en alertes. Cette petite voix fluette était identique au rire cristallin que j’avais entendu le jour de notre naufrage. Dans la forêt tout d’abord, et ensuite lorsque j’avais visité la Grand-salle pour la première fois. Ce rire se fit à nouveau entendre en contrebas de ma position. J’attachai ma liane à un caillou que je coinçai entre deux gros rochers en m’assurant que mon filet ne bougerait pas, puis je descendis vers la rivière. Personne. Je ne voyais personne et ne vis nulle trace de pas dans le sable humide. Pourtant, le son venait bel et bien de ce côté, je n’avais pas rêvé. Cette voix ne m’était pas familière, personne au campement n’avait de voix aussi flutée, douce et légère, j’en étais persuadé.

-         - Montrez-vous ! Qui que vous soyez montrez-vous ! Criais-je au vide qui m’entourait.

Pour toute réponse, le petit rire refit son apparition dans mon dos, tandis qu’un courant d’air frôlait ma nuque. Excédé, je me tournai d’un bloc et hurlai avec une rage que je ne me connaissais pas :

-         - MONTREZ-VOUS !!!

Stupéfait par ma propre colère, je mis quelques secondes à reprendre mon souffle avant de remarquer la petite créature face à moi. Il s’agissait d’une jeune femme aux traits juvéniles, vêtue d’une tunique moulante et multicolore, à la chevelure ébouriffée et coupée courte ce qui laissait voir ses petites oreilles pointues comme celles d’un lutin. Cette créature aurait pu paraître tout ce qu’il y a de plus normale si elle ne faisait pas seulement quinze centimètres de haut et qu’une paire d’ailes lumineuses accrochées à son dos ne la maintenaient pas dans les airs.

 

Abasourdi par cette apparition fantastique, je l’observais si intensément que ses grands yeux ronds s’agrandirent de stupéfaction, comme si elle ne s’attendait pas à ce que je puisse la voir.

-         - Non ce n’est pas possible ! Gémit-elle de sa petite voix musicale.

Elle observa ses propres mains un court instant avant de reporter son regard sur moi. Était-elle étonnée ? Impressionnée ? Apeurée ? Je n’eu pas l’occasion de lui poser la question. En deux battements d’ailes, elle disparut au milieu d’un brouillard de poussière scintillante.

Il me fallut plusieurs minutes avant de sortir de mon hébétude. Je n’arrivais pas à croire l’image que mes yeux avaient envoyée à mon cerveau. Où était-ce mon cerveau qui débloquait à cause du manque de protéines dans notre alimentation de ces derniers jours ? Je levai les yeux vers le ciel, totalement dégagé de tout nuage, et me rassurai quant à mon état mental : les deux lunes étaient toujours bien présentes. Malgré cela, mon esprit avait du mal à y croire. Si nous étions sur un autre monde, ma foi, il n’était pas si irréaliste que cette planète possède deux lunes. Par contre, voir  apparaître une fée relevait totalement de l’imaginaire.

Tandis que je remontais les rochers pour récupérer mon filet de pêche de l’autre côté, une pensée me traversa l’esprit et je me figeai net : allais-je en parler aux autres ? Georges, le militaire qui était devenu le leader des survivants, plus grâce à ses compétences que par sa volonté, nous avait intimé l’ordre de lui rapporter toute nouvelle à propos des lieux dans lesquelles nous nous trouvions. Je devais donc lui annoncer que j’avais vu une fée au bord de la plage. Une fée ! Bon sang mais il allait me prendre pour un cinglé ! Sans parler de l’état d’hystérie dans lequel ma mère se mettrait ensuite… Non, mieux valait que je n’en parle pas si je ne pouvais rien prouver.

Arrivé en haut des rochers, je retirai la liane de son piège, heureux qu’elle n’ait pas cédé, et tirai mon filet hors de l’eau. Mes victimes frétillantes étaient au nombre de 5. Pas bien grosses et très insuffisantes pour nourrir tout notre petit monde, cependant j’étais fier de moi : mon plan fonctionnait. En plaçant plusieurs filets de ce genre autour de la roche et deux fois par jour, nous devrions ramener plus de prises. Je rentrai derechef annoncer la bonne nouvelle aux cuistots, qui m’accueillirent avec une joie modérée, au vu des circonstances. Le menu du jour serait une soupe de poisson. La nouvelle de ce menu presque festif parut détendre l’atmosphère au sein de la Grand-Salle. Moi par contre, je restais nerveux de ma dernière rencontre. Apparemment je le cachais mal car Edwin me cuisina dès que je m’installai à ses côtés.

 

-         - Alors Arvin ? Tu n’as pas l’air très ravi de ce que nous a rapporté. Me lança-t’il.

Ce n’était pas une question et je ne répondis rien, de peur de paraître encore plus faux. Je lui lançai un bref regard, puis m’attardai une seconde de trop sur Gwen qui était assise à côté de lui.

-         - Je vais voir si je eux aider à préparer la soupe de poisson, nous avertit-elle en se levant en direction du coin cuisine.

Je commençais à réellement apprécier cette fille. Elle était toujours très discrète et savait parfaitement bien à quel moment s’éclipser.

-         -          Ce n’est pas le poisson hein ?

-          - Non.

-          - Alors quoi ? Que s’est-il passé ?

L’intérêt d’Edwin était sincère. Il avait tout de suite deviné que quelque chose n’allait pas et je ne pouvais me résoudre à lui mentir. Mais comment le prendrait-il ? Me traiterait-il de fou comme je le craignais ? Il lu mon hésitation dans mon regard et m’encouragea à m

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Dessins & Graphisme

Ajouté le 8/5/2010

Bonjour !

Vous avez du remarquer que le décor de cette interface n'est pas au top... personnellement, le graphisme, c'est pas mon truc. J'aurais pourtant adoré, mais je n'ai ni le don ni les compétences nécessaires pour faire des dessins qui ressemble à quelque chose, et encore moins pour les bidouiller via un pc.

C'est pourquoi j'invite toute personne possèdant ces capacités divines à me proposer quelques dessins et thèmes pour ce blog, mais aussi pour illustrer le livre qui devrait voir le jour... dans un futur plus ou moins proche.

Evidemment, ne me sortez pas un truc futuriste à la Matrix, ça ne collera pas à l'atmosphère de La Magie des Mots.

Le premier chapitre est déjà en ligne et le second le sera bientôt. Les suivants suivront (hum, bien dit ça!). N'hésitez pas à vous en inspirer.

Merci d'avance pour votre participation à ce projet !

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Chapitre 1 - Le Naufrage

Ajouté le 8/5/2010

LE NAUFRAGE

Plusieurs fois, on m’a conseillé d’écrire, de coucher sur papier mes sentiments et mes pensées pour que l’encre s’en imprègne et garde les pièges mortels des émotions à jamais scellés. Au début je n’y croyais guère, mais la force du temps et de la vie m’a amené à écrire diverses chansons et histoires. Tout d’abord sans grande conviction, car je ne me sentais pas l’âme d’un écrivain. A cette époque, bien que les mots aient du sens, je ne les voyais que tronqués de leurs multiples natures. Un écrivain, pour moi, n’était qu’une personne qui passait son temps à écrire contre une certaine quantité d’argent. Il me fallu passer la frontière de notre monde, et pénétrer là où tous les grands artistes puisent leur inspiration, pour enfin comprendre le plein sens des mots.

Aujourd’hui, je n’écris pas ces lignes pour une quelconque monnaie. Je doute que quelqu’un lira jamais ces lignes, mais après tout, ce n’est pas ce que je recherche. L’écriture peut être bien plus que l’alignement calculé d’une série de lettres. Elle peut être une véritable délivrance. Parfois les mots écrits sont plus forts que les mots oraux. Il n’y a plus de barrière physique entre les pensées. Enfin les mots deviennent un monde à eux seuls.


******

Je me souviens parfaitement de mon arrivée, bien que ce fût il y a de nombreuses années. J’étais alors âgé de 15 ans. Ma mère et moi venions d’embarquer à bord d’un grand paquebot, de Calais, en France, vers Miami aux Etats-Unis. Nous aurions aussi bien pu voyager par avion, le trajet aurait été moins long mais ma mère en avait bien trop peur. Quelle ironie, quand j’y repense…

Nous partagions la même chambre, ma mère et moi. Elle n’était pas très spacieuse mais assez confortable pour les gens peu fortunés que nous étions. Les cabines de première classe étaient disposées en hauteur sur le navire, alors que la seconde classe se situait en profondeur. Nous étions au « pont moins 2 » et le seul hublot de notre cabine, juste sous le niveau de la mer, nous offrait une lumière doucement bleutée.

A peine les bagages posés dans l’armoire encastrée qui nous servait de garde-robe, j’attrapais ma guitare et grimpait sur la seconde couchette que je venais de m’attribuer. Je ne me souviens plus de l’air que je jouais à cet instant précis, mais ma mère n’avait pas l’air de l’apprécier :

- Au lieu d’embêter nos voisins de cabine tu ferais mieux de m’aider à défaire nos bagages ! Me dit-elle, agacée.

Un long soupir acheva le morceau inachevé. Je laissai ma guitare reposer ses cordes sur mon oreiller et sauta de la couchette pour aider ma mère à déplier les bagages que nous devrions replier d’ici quelques jours. Quelle perte de temps … tout aussi inutile et ennuyeuse que ce voyage d’ailleurs. Miami… bien des personnes rêvaient de ces plages au sable fin, aux palmiers qui bordent les routes et où les habitants ne connaissent pas les fins de mois difficiles. Beaucoup, mais pas moi.

Chaque été, le rituel reprenait. Ma mère s’émoustillait des semaines à l’avance, lorsqu’elle recevait l’argent nécessaire au voyage. Elle venait alors me voir et s’écriait :

- Tu vois bien qu’il ne nous a pas abandonné !
- Maman… il nous fait venir chaque été pour avoir bonne conscience, rien de plus…
- Ne sois donc pas si injuste avec ton père, il nous a toujours aimé tu le sais. S’il avait pu rester ici avec nous il l’aurait fait, mais tu sais que son travail ne le lui permet pas.
- Ha oui vraiment ? Alors pourquoi le seul amour qu’il nous offre c’est une enveloppe de billets verts chaque mois ? Pourquoi ne vient-il pas, lui, pendant l’été ? Pourquoi est-ce toujours nous qui devons nous déplacer ? Pourquoi ne nous héberge t’il pas chez lui ? Tu peux me le dire ça ?

Les questions s’enfilaient les unes après les autres tandis que le ton employé se fortifiait à chaque phrase. Nous avions eu cette discussion des dizaines de fois, et cela finissait toujours de la même manière : ma mère serrait son enveloppe sur sa poitrine, les yeux emplis de larmes, et elle quittait ma chambre en me traitant d’égoïste.

- Ouf ! Enfin une bonne chose de faite ! Arvin, tu viens avec moi sur le pont ? Il fait un grand soleil, et puis l’air marin te fera tu bien, tu es tout pâlot à force de rester enfermé.
- Hmpf, et pour y faire quoi ? Tu ne voudras pas que j’y joue… tu aurais bien trop honte que j’énerve les gens avec ma guitare.
- Roh mais arrête un peu avec ta musique à tout bout de champ ! Tu n’as donc que ça en tête ? Tu pourrais très bien prendre l’air et faire tes devoirs de vacances par exemple, ou discuter un peu avec les autres voyageurs, tu es toujours si seul…
- J’ai tout mon temps pour faire mes devoirs, et si je suis souvent seul, c’est que j’en ai envie.

Je m’étais déjà accaparé de mon instrument et avait recommencé le morceau inachevé. Soupirant et levant les yeux au ciel, ma mère était sortie sans ajouter un mot. Enfin un moment de véritables vacances…

******

J’avais fini par m’endormir. Ce sont les rires étouffés et les chuchotements devant la porte de ma cabine qui me sortirent de mes songes. En ouvrant les yeux, le clair de lune qui éclairait la cabine à travers les eaux me surprit. Sans pour autant être vive, la luminosité était suffisante pour se diriger sans avoir besoin de lumière artificielle.

La porte s’ouvrait lentement en grinçant très faiblement et je fermai les yeux, me forçant à replonger dans le rêve qui avait déjà disparu de mon esprit. C’est étrange cette façon qu’à notre inconscient à s’accaparer tout ce qu’il produit et de le sceller au plus profond de nous…

- Arvin ? Tu dors ? Chuchota ma mère, probablement sur la pointe des pieds en train d’essayer d’observer mon visage.

Je ne comptais vraiment pas lui répondre. Elle se serait empressée de me réveiller totalement en m’expliquant dans les moindres détails les rencontres qu’elle avait pu faire sur le pont. Elle ne manquerait pas de m’en faire part le lendemain matin, en attendant, je m’en passais parfaitement.


Le lendemain, je m’étais éveillé le premier et avait pu bénéficier de la petite salle de bain avant que ma mère n’émerge de ses draps de lit. Frais et affamé, je n’avais plus qu’à l’attendre avant de passer à la cantine du bateau.

Durant le trajet de la cabine à la cantine, et encore à table, ma mère n’avait cessé de jacasser. Elle avait passé la soirée sur le pont et avait fait la rencontre de plusieurs personnes extrêmement intéressantes, selon elle : un certain Alain Bruyère qui voyageait en première classe et qui était sensé voyager incognito pour évaluer la qualité du service à bord, il faut croire qu’ils avaient forcé sur le vin qu’il avait offert à ma mère car son anonymat était fort compromis. Il y avait également notre voisine de cabine, accompagnée de sa fille.

- Tu aurais vraiment du m’accompagner, cette dame est si gentille, dit-elle entre deux bouchées. Sa fille Claire lui ressemble beaucoup, d’une grande politesse et assez timide. Elle est ravissante, je suis sûre qu’elle te plairait.

Je la sentais me regarder du coin de l’œil avec le petit sourire malicieux qu’elle prenait à chaque fois qu’elle me parlait d’une fille. Mais qu’est-ce que cela pouvait bien lui faire, que je sois seul ou non ? Je n’avais pas envie de me disputer une fois de plus, j’optai pour le silence, concentré sur mon bacon et mes œufs brouillés.

- En tout cas tu devrais avoir l’occasion de la voir avant notre arrivée, puisqu’elle est juste à côté.
Et ce fût ainsi tout le long du petit déjeuner, jusqu’à ce que nous ayons chacun fini notre assiette et qu’elle m’oblige à mettre le nez dehors. Elle avait réussi à m’entraîner jusque sur le pont en plein soleil, sur les quelques chaises longues encore libres en ce début de matinée, mais elle n’avait pas réussi à me séparer de mon instrument de musique, à son grand désespoir. Il ne fallut pas une dizaine de minutes que j’avais réussi mon coup : elle s’était étalée de tout son long sur le transat et avait commencé à lire un roman pendant que je jouais quelques notes. Déconcentrée dans sa lecture, elle m’avait donné quartier libre.

Elle n’avait pas tout à fait tord, l’odeur iodée de l’océan me faisait du bien. J’avais l’impression qu’auparavant, un poids sur mes bronches m’empêchait de respirer pleinement, et cet air frais et naturel m’en avait ôté. Cependant, le soleil, à cette période de l’année, était bien trop intense et je ne pouvais en supporter la chaleur cuisante sur ma peau blanche. Je m’étais alors choisi un coin d’ombre à l’arrière du navire, où je ne risquais pas de croiser trop de monde. Bien installé, j’observai un instant les vagues refléter l’éclat du soleil dans leur mouvement lent et sauvage. Le son des flots, perturbés par les mouvements brusques du moteur du navire, étaient autant d’inspiration pour tenter une nouvelle mélodie. Je fermai un instant les yeux, respirant à plein poumons, et dirigeai mes doigts sur les cordes tendues. Je ne connaissais pas l’air, il me venait, note après note, comme me viennent les mots aujourd’hui. Je ne faisais que suivre le tempo des vagues, le son provenait du murmure que le vent me chuchotait. La mélodie était lisse, calme et apaisante. Je l’achevai en ouvrant les yeux, surpris par un applaudissement sur ma droite.

- Bravo ! C’était magnifique. Où avez-vous appris à jouer ?

C’était un jeune homme, la vingtaine, les cheveux bruns coiffés méthodiquement pour donner un air sauvage, mais vêtu d’un costume sobre et d’une chemise à col large resté ouvert par-dessus le veston, comme en contradiction avec l’uniforme. Il avait tout d’un gentleman négligé sans l’être vraiment. Son fort accent américain donnait un certain charme au personnage.

- J’étais tout petit quand j’ai commencé à jouer. Notre instituteur nous jouait quelques morceaux tous les vendredi après-midi. Et il apprenait les bases de la musique à qui le voulait. J’y ai pris goût et j’ai continué tout seul, parfois en cherchant des doigtés sur Internet, parfois avec l’aide d’un ami qui suivait des cours de musique. J’aurais voulu en suivre avec lui mais ma mère n’a jamais voulu, elle a toujours considéré ça comme une perte de temps en me disant que la musique ne mènera jamais à rien.
- Elle ne doit pas vous avoir écouté en jouer pour dire pareille chose. Vous avez un véritable don pour jouer si bien à votre âge, et les yeux fermés !

Il s’avança jusqu’à se trouver face à moi, le sourire aux lèvres il me tendit la main. Il avait une poigne énergique pour un gringalet de ce genre.

- Edwin Raven, jeune héritier d’un empire florissant.
- Arvin Greene, simple voyageur sans le moindre pétale, répondis-je, l’air morose.

A mon grand étonnement, il avait éclaté de rire. J’hésitais quant à la façon de le prendre : était-ce de la moquerie, ou avait-il pris ma réplique pour un trait d’esprit ? La réponse vint assez rapidement, alors qu’il s’asseyait à mes côtés et me flanquait une tape amicale dans le dos. Je n’ai jamais eu l’habitude de ce genre de familiarités, cela devait sans doute transparaître sur mon visage.

- Avec un talent pareil… peut-être n’y a-t-il pas encore de fleur, mais en tout cas il y a un bouquet de boutons ! Ecrivez-vous également des paroles de chansons pour accompagner ces divines mélodies ?
- Je n’ai jamais essayé…
- Vous devriez, je suis persuadé que vous avez une aussi bonne plume que votre doigté.
- De toute façon, je ne sais pas chanter.
- Et qu’est-ce que cela peut faire ? Vous pouvez bien apprendre. Ou même composer pour autrui. Savez-vous seulement le nombre de chanteurs qui interprètent les chansons d’autres personnes ?

La conversation s’était poursuivie un petit temps, et il avait fini par me convaincre de tenter le chant. Après tout, j’avais appris seul ou presque à jouer de la guitare. Je pouvais tout aussi bien faire de même avec mon instrument vocal.


******


Les jours passaient, et je constatais que le voyage était loin d’être aussi ennuyeux que les autres années. Je passais le plus clair de mon temps à l’arrière du bateau, en compagnie d’Edwin et de ma guitare. Lorsque le temps ne s’y prêtait pas, il m’invitait dans sa suite luxueuse où nous tentions d’écrire ce qui devait ressembler à une chanson. Beaucoup d’essais, beaucoup d’encre, beaucoup de pages déchirées, et très peu de mots jugés acceptables. Cela ne semblait pas le tracasser, grand optimiste qu’il était. Il me répétait sans cesse que c’est ainsi que commencent tous les grands auteurs, qu’il fallait persister et affronter les difficultés plutôt que baisser les bras. Dieu sait qu’il avait raison, pourtant ce jour là, l’envie n’y était pas.

Une tempête avait éclaté et le lourd navire tanguait au milieu des hautes vagues alors que l’orage grondait au dessus de nos têtes. J’avais pleine confiance en les marins et ne me sentait nullement en danger, mais je savais que ma mère devait être pétrifiée, sous sa couette dans notre petite cabine, pleurant et priant pour qu’il ne nous arrive rien. Je m’excusai donc auprès d’Edwin de le laisser seul, et sorti en lui promettant de recommencer nos essais d’écriture le lendemain.

Je ne m’étais pas trompé : ma mère était raidie sur sa banquette, le dos à la paroi, et émettait de petits gémissements étouffés par la couette qu’elle serrait sur ses lèvres. Soudain, le sol se mit à s’élever, puis à retomber si lourdement que je dû me cramponner à l’échelle de la seconde couchette. Ma mère n’avait pas hurlé. Sa peur l’avait tant paralysée qu’elle n’avait pu émettre aucun son. Une fois la vague passée, je m’installai auprès d’elle en tentant vainement de la rassurer.

- Allons maman, on en a connu d’autres des tempêtes en mer, tu sais bien que nous ne risquons rien...
- Jusqu’au jour où ! S’exclama-t-elle dans un sanglot.
- Mais non… les marins de ce navire sont bien entraînés, ils ont l’habitude de ce genre de temps. Ils savent ce qu’ils font.
- Et le Titanic alors, hein ?! Les marins n’avaient pas étés entraînés peut-être ? Ne savaient-ils pas ce qu’ils faisaient ? Tu connais l’histoire comme moi pourtant ! Et c’est une histoire vraie !
- Ho tu m’agaces avec tes histoires… tu parles d’un bateau qui a coulé il y a presqu’un siècle. On est plus à cette époque maman, ouvre les yeux ! Et puis si tu étais aussi anxieuse de couler, tu n’insisterais pas tant chaque année pour qu’on prenne le bateau.
- Arvin !

J’avais quitté sa couchette pour monter dans la mienne et tenter de m’endormir. Je savais pertinemment que je n’y arriverais pas, elle m’avait bien trop énervé. Qu’est ce qu’elle pouvait être agaçante quand elle trouvait n’importe quelle excuse pour affirmer ses craintes et tenter de les transmettre ! Était-ce là son moyen de se rassurer ? Voir son entourage être plus craintif qu’elle-même ?

Le navire tanguait toujours, mais l’orage semblait cesser. Bientôt, la tempête serait derrière nous, et ma mère cesserait peut-être de gémir. En attendant, je me laissais bercer par l’océan, écoutant les quelques morceaux de musique sur le lecteur mp3 qu’Edwin m’avait prêté « en guise d’exemple et d’inspiration ».

L’orage ne s’était calmé que pour reprendre de plus belle. Le tonnerre ne m’empêchait pas d’écouter les morceaux d’Edwin, mais après quelques minutes à peine, le son commençait à se brouiller et le lecteur finit par s’éteindre. Les piles devaient être à plat.

Le navire tanguait de plus en plus dangereusement, par le hublot, on voyait la profonde noirceur des abysses puis la seconde d’après, l’éclat des éclairs dans le ciel noir. Ma mère s’était mise à pleurer. Je ne disais rien, mais au fond de moi, une étincelle de crainte était née. Jamais nous n’avions subi une si violente tempête. Je tentai de me rassurer intérieurement lorsque j’entendis le métal de la coque grincer lugubrement, et les sirènes d’alerte du bateau commencèrent à rugir.

L’étincelle devint soudain une flamme brûlante. Les autres passagers se bousculaient en criant dans le couloir alors que je tentais d’arracher ma mère à sa couchette pour rejoindre le pont.

- Non je ne peux pas ! Je ne peux pas bouger ! Réussit-elle à dire entre deux sanglots.
- Allez maman ! Il faut qu’on rejoigne le pont et les embarcations de secours !

En la tirant de force, je réussis finalement à l’emmener avec moi hors de notre cabine. Le chaos régnait dans le couloir. Cela me rappelait amèrement le film « Titanic »… ma mère devait se retenir de me dire « je te l’avais bien dis que ça arriverait ! ».

Nous avions du mal à marcher, le sol se dérobait sous nos pieds, nous faisant valser contre les murs. Après un certain temps, nous étions tout de même parvenus sur le pont. Les vagues passaient par-dessus, si bien que tous les passagers se cramponnaient à n’importe quoi de solide pour ne pas passer par-dessus bord lorsque l’eau se retirait. Mais ce n’était pas le plus impressionnant… des trombes d’eau spectaculaires montaient au ciel un peu partout sur l’océan, le ciel était d’un noir d’encre et la lune avait disparu. Un trait de lumière rouge vint illuminer le ciel pendant un bref instant, le capitaine avait lancé une fusée de détresse. L’instant d’après, je compris pourquoi.

Une vague énorme s’approchait dangereusement de nous, et sans nul doute, le bateau allait se retourner. Au loin sur le pont, j’entendis quelqu’un crier mon nom, cherchant du regard, je vis Edwin, complètement apeuré il lâcha sa prise et couru vers moi alors que l’eau ruisselante dévalait le pont à présent en pente… il glissa avec elle et rejoignit la mer alors que je hurlais de rage et de désespoir.
Je ne me rappelle que très peu les instants suivants…. Tout ce dont je me souviens, c’est d’une voix très étrange et d’un visage d’ange qui me souriait dans une eau froide et salée alors que je m’enfonçais dans les ténèbres sans fond.


******

Froid et engourdissement. Ce sont mes premières sensations. Ensuite vient le son des voix inquiètes proches de moi, mais je n’arrive pas à les distinguer… ni à comprendre leur sens. Enfin ma conscience s’éveille et perçois quelque chose d’anormal en moi-même. Soudain tout devient clair, j’ouvre grand les yeux et me retourne pour cracher l’eau de mer qui suffoque mes poumons. Je reconnais certaines voix… ma mère se jette sur moi et m’entoure de ses bras en remerciant Dieu de m’avoir épargné. Lentement je reprends mes esprits alors que les curieux s’éloignent, et enfin je prends connaissance de ce qui nous est arrivé.

- … et puis le Second est venu m’apporter son aide et quand je me suis rendue compte de ce qui se passait, j’ai hurlé après toi sans avoir de réponse. Dieu que j’étais désespérée de te revoir en vie !!

Ma mère ne s’était pas tue depuis que j’avais ouvert les yeux, mais je ne l’écoutais pas. J’étais sur une plage, face à la mer qui rejetait les débris de notre navire. L’équipage et les passagers faisant partie des débris. Ce qui semblait être une partie de l’arrière du bateau s’était échoué non loin de moi, coincé au beau milieu d’un amas de rochers. Autour de moi, il y avait des cadavres, soit noyés soit blessés mortellement, ces pauvres hommes et femmes n’avaient pas eu ma chance, moi qui semblait être d’un seul morceau. A ce triste tableau s’ajoutaient objets divers et vêtements qui flottaient mollement au gré des vagues.

Il me prit la folle idée de me lever et de me retourner. Un vertige comme je n’en avais jamais connu s’empara de moi et ma mère dut me soutenir en me lançant mille avertissements. Sur le haut de la plage, là ou le sable restait sec, les rescapés tentaient de soigner les blessés qui pouvaient s’en sortir. Les autres étaient placés à l’écart, attendant leur mort dans d’atroces souffrances. Le crépuscule s’annonçait et le soleil rougeoyant se cachait à demi derrière les arbres qui bordaient la plage.

Mes jambes reprenant leur stabilité, je pouvais enfin me diriger vers le haut de la plage. Là, je m’assis au sec pour contempler l’étendue des dégâts… Ma mère me rejoignit rapidement.

- Arvin ? Tu crois qu’on est où ?
- Je n’en ai aucune idée… peut-être qu’on était proche d’une île des caraïbes ou quelque chose de ce genre.
- Non le Second du Capitaine nous a dit qu’il n’y avait aucune terre proche de nous lors de l’orage.

En soupirant, je me laissais alors tomber dans le sable de tout mon long. Bouche bée, j’observais le ciel et répondis à ma mère :

- En fait, je pense que nous ne sommes même pas sur Terre.
- Tu dois encore être sous le choc… repose-toi…
- Non, regarde le ciel maman, tu comprendras.

Elle leva alors la tête et une expression ébahie se figea sur son visage. Comme moi, elle voyait deux lunes dominer la voute céleste.

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